Jumeau
- Mick-
- Nov 9, 2019
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Yo,
Je ne pensais pas que j’allais t’écrire sérieusement. Pas de sitôt. Surtout pas ces temps-ci où je nous sens si loin l’un de l’autre. Mais, des fois, il faut se séparer pour mieux se retrouver et à l’approche de nos trente ans, je pense que c’est le temps de le faire. Tu restes un des sujets les plus sensibles dans ma tête, dans mes jugements, dans mes opinions et surtout dans mon écriture. Je suis vraiment à une place confortable psychologiquement dans ma vie, si tu veux tout savoir. Alors que l’insomnie me frappe à quatre heure du matin, il y a surement une raison à ceci, et cette raison n’est nul autre que toi j’imagine.
J’aimerais t’écrire une lettre en te parlant de réincarnation. C’est con hein? Parce que je pense, si je ne me trompe pas, que c’est un sujet auquel tu n’adhères pas, comme à beaucoup de mes nouvelles croyances d’ailleurs. Ne t’inquiètes pas, ce n’est pas un jugement ou encore une prêche, c’est justement cela le point principal de ce qui m’appelle à t’écrire, parce que ce qui a commencé à forger ma vision sur le sujet est principalement le fait que je me suis toujours senti différent de vous; mes frères, mon père.
Tu te rappelles, il y a deux ans quand nous étions emballés d’aller à la pêche les cinq ensemble? J’étais dans un état lamentable pour être franc. J’étais perdu dans un monde professionnel où je n'ai jamais vraiment été capable de m’insérer à un point tel que je payais mon diplôme universitaire, habitant chez maman, papa, et vivant de l’aide social. J’avais besoin de ma famille. Alors que le souvenir que vous avez tous est que Mick a encore trop bu et s’est endormi dans la tente à moitié saoul, Après deux ans, j’aimerais t’expliquer ce qui s’est passé dans ma tête.
J’étais triste, je l’avoue. J’ai réagi à ma tristesse à ma façon, celle que vous n’aimez pas, par soucis pour moi j’imagine, je l’avoue. Mais j’avoue aussi que quand nous sommes montés sur le bateau, juste après que Jo m’ait dit d’arrêter de boire, juste après que Mathieu m’ait dit d’arrêter de déposer mes cartes trop vite sur la table, j’ai pleuré. Discrètement peut-être, mais je n’étais pas bien sur l’embarcation familiale. J’avais des attentes et elles n’ont pas été remplies j’imagine. Ensuite, je suis allé pleurer dans la tente et je m’y suis endormi, alors que vous êtes allé manger. Mais bon, l’histoire est maintenant dans le passé. J’accepte qu’on garde la première version avec fierté.
Je ne raconte pas l’histoire pour vous accuser, laisses-moi le temps de la tourner à ma façon, je t’en prie. Cette journée, où je croyais que la famille allait m’aider dans mon tourment moral s’est transformé en une journée où j’ai grandi. Donc, vous m’avez aidé d’une façon à laquelle je ne m’y attendais pas. Je pense que toi, plus que beaucoup de personnes que je connaisse, peux comprendre que le rejet nous fait réfléchir, nous transforme d’une certaine façon. C’est ce qui s’est produit. J’ai réalisé que je ne faisais pas partie de la « team ». Que j’étais un membre de la famille, mais différent des autres. Que vous vous connaissiez depuis peut-être plusieurs autres vies, alors que j’étais le nouveau dans le groupe. J’ai réalisé que je vous aimais autant, car ce n’est pas une question d’amour, mais seulement une question de compatibilité.
Je parle de réincarnation ici, car dans ce concept qui fait partie de mes croyances, on choisit où l’on se réincarne. On choisit avec qui on le fait. Et le fait qu’on soit jumeau représente encore plus pour moi, car selon moi, on a fait un pacte avant de naître pour le faire ensemble. Pourquoi? Pourquoi naître avec quelqu’un qui n’allait pas partager aucune de nos opinions sur la vie, quand deux jumeaux sont supposés être une partie de l’autre? Je crois que l’on est plutôt la partie manquante de l’autre, tout simplement.
Je crois que le but de notre venue au monde ensemble, est justement que l’on peut tellement apprendre l’un de l’autre dans nos désaccord et j’aimerais tellement les échanger davantage, tant qu’à y être; de par nos opinions différentes, de par nos attitudes, nos styles, nos intérêts différents. Je suis si chanceux que tu ais pris le temps de me partager tes connaissances en musique par exemple, car maintenant, théoriquement, je suis plus avancé que beaucoup de gens que je connaisse, et ça m’aide à être un meilleur musicien à tous les jours et même à partager cette passion qui peut nous unir.
Je pourrais ne jamais m’arrêter d’écrire, car on a tellement d’histoires ensemble. Quand je parle de toi, je dis toujours que tu as été, tu es et tu resteras l’un de mes meilleurs amis en plus d’être mon frère jumeau et que tu pourras toujours compter sur moi. Après tout, on a eu la chance de se connaître dans cette vie-ci, neuf mois avant que la grande majorité des êtres humains puissent connaître quelqu’un. On a partagé tous nos anniversaires, même si je souffle tout le temps les bougies avant toi. Tu le sais bien que c’est juste une taquinerie. Mais j'aimerais t'en partager davantage. Je viens de vivre la plus grande aventure de toute ma vie, et on s'en ai à peine parlé...
Bref, tout ça pour te dire que tu me manques. On ne se voit jamais. On se lance des craques sur facebook, quand on n’est pas d’accord l’un avec l’autre sans vraiment jaser du pourquoi et du comment. Je ne peux pas être sûr qu’on va se réincarner ensemble une deuxième fois, mais si nous expérimentons cette vie pour apprendre, on le fait aussi pour en profiter, et j’aimerais en profiter davantage avec toi. Jouer de la musique, « gamer », dire n’importe quoi, lubrer, et cela, je suis certain qu’on le fait bien.
On a presque trente ans et je ne veux pas que ça continue, parce que tu es mon frère jumeau. Je ne sais pas si ça évoque autant que moi de ton côté, mais tu as une place spéciale pour moi, une place que peu de gens puisse comprendre et je tenais à te le dire. J’ai toujours voulu t’écrire, j’ai jamais su comment, ça l’air que ça devais sortir de cette façon. Je t’aime vieux, je m’ennuie et j’espère que malgré le fait que l’on ne vienne pas de la même planète, tu peux trouver la façon de m’accepter comme je suis, qu’on puisse discuter comme on le faisait auparavant et qu’on puisse juste être deux frères jumeaux, comme on l’a jadis si bien été. Parce que les opinions ne sont que des opinions, les idées des idées, les concepts restent si relatifs et qu’il y a quelque chose de plus grand qui dépasse l'entendement des mots :
L’amour.
Je t’aime bro.
Mick-
P.s. Moi je fais du bon Kraft Dinner!





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